Le plan de développement des compétences (PDC) est devenu l’outil central de toute politique de formation en entreprise. Successeur du plan de formation depuis la loi du 5 septembre 2018, il permet à l’employeur d’organiser, de financer et de suivre l’ensemble des actions de formation destinées à ses salariés. Bien construit, il aligne les besoins individuels des collaborateurs avec la stratégie globale de l’organisation, tout en répondant aux obligations légales prévues par le Code du travail.
Qu’est-ce que le plan de développement des compétences ?

Le plan de développement des compétences est un document formalisé que l’entreprise élabore chaque année, ou sur trois ans si un accord collectif le prévoit. Il regroupe l’ensemble des actions de formation décidées et financées par l’employeur, à la différence des dispositifs à l’initiative du salarié comme le CPF (Compte Personnel de Formation) ou la Pro-A.
Son périmètre est défini par l’article L.6321-1 du Code du travail : l’entreprise a l’obligation d’adapter ses salariés à leur poste de travail et de maintenir leur employabilité face aux évolutions des métiers. Tout ce qui relève de cette obligation doit figurer dans le plan. Le PDC couvre deux grandes catégories d’actions :
- Les formations obligatoires : elles conditionnent l’exercice d’une activité ou d’une fonction en application de dispositions légales, réglementaires ou conventionnelles. On y trouve notamment les formations à la sécurité, les habilitations électriques, ou encore les formations réglementaires liées à des secteurs d’activité spécifiques.
- Les formations non obligatoires : elles regroupent toutes les autres actions décidées par l’employeur, qu’il s’agisse de la prise en main d’un outil numérique, du développement de compétences managériales, de préparation à une évolution de poste ou d’acquisition de nouvelles qualifications.
À noter : le PDC ne couvre pas les bilans de compétences ou les VAE à l’initiative exclusive du salarié, ni les actions relevant de la GEPP (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels).
Pourquoi le plan de développement des compétences est-il stratégique ?

Dans un contexte où les technologies évoluent rapidement et où les marchés se transforment, la montée en compétences des équipes est un levier direct de compétitivité. Une entreprise qui investit dans le développement de ses collaborateurs réduit son turnover, améliore la qualité de ses livrables et renforce sa marque employeur.
D’un point de vue légal, l’absence de plan de développement structuré peut exposer l’employeur à des risques prud’homaux. En effet, si un salarié n’a reçu aucune formation depuis six ans, l’entreprise manque à son obligation de maintien de l’employabilité. Le PDC constitue ainsi une preuve tangible des efforts déployés en matière de formation.
Sur le plan RH, le plan est également un signal fort envoyé aux salariés : il montre que l’entreprise investit dans leur avenir professionnel. Cela contribue directement à la fidélisation des talents, un enjeu majeur pour les ressources humaines aujourd’hui.
Étape 1 : identifier les besoins en compétences
La première étape, et sans doute la plus déterminante, consiste à identifier les besoins réels de l’organisation. Cette phase repose sur une double lecture : celle des objectifs stratégiques de l’entreprise (nouveaux marchés, projets de transformation digitale, évolutions réglementaires) et celle des besoins individuels des collaborateurs.
Pour collecter ces informations, les équipes RH peuvent s’appuyer sur plusieurs sources :
- Les entretiens de parcours professionnel (anciennement entretiens professionnels), désormais réalisés tous les 4 ans avec un bilan tous les 8 ans depuis la loi du 24 octobre 2025.
- Les retours des managers de proximité, souvent les mieux placés pour observer les écarts de compétences au quotidien.
- Les fiches de poste et référentiels métiers, comparés aux profils actuels des collaborateurs.
- Les analyses de la GEPP, qui permettent d’anticiper les métiers en tension ou en décroissance.
- Les résultats des évaluations annuelles et des indicateurs de performance (taux d’erreur, délais, satisfaction client).
Une bonne cartographie des compétences existantes, croisée avec les ambitions de l’entreprise, permet de prioriser les actions les plus impactantes. C’est à ce stade que l’on distingue les besoins urgents (mise en conformité réglementaire, prise de poste) des besoins de moyen terme (montée en compétences sur des technologies émergentes).
Étape 2 : définir les actions de formation adaptées
Une fois les besoins identifiés, il s’agit de sélectionner les actions de formation les plus appropriées. La formation présentielle en salle n’est plus le seul format possible : les entreprises disposent aujourd’hui d’un large éventail de modalités pédagogiques.
- La formation en présentiel : idéale pour les apprentissages techniques complexes ou les formations nécessitant une pratique collective.
- La formation à distance (e-learning, classes virtuelles) : adaptée aux salariés dispersés géographiquement ou aux contenus standardisés.
- L’AFEST (Action de Formation en Situation de Travail) : le salarié apprend directement sur son poste, avec des séquences réflexives encadrées par un formateur ou un tuteur.
- Le blended learning : combinaison de présentiel et de distanciel pour optimiser engagement et transfert des apprentissages.
- Les certifications et titres professionnels : utiles pour valider officiellement des compétences acquises.
Le choix du format doit tenir compte du profil des apprenants, de leur disponibilité, du budget disponible et de la nature des compétences à développer. Une formation soft skills (communication, leadership) ne se construit pas de la même façon qu’une habilitation technique.
Étape 3 : construire le document plan
Le plan de développement des compétences se matérialise dans un document structuré, lisible par toutes les parties prenantes. Pour être exploitable, il doit contenir a minima les éléments suivants :
- La stratégie globale de l’entreprise et les grandes orientations en matière de formation.
- Le bilan du PDC précédent (actions réalisées, taux d’atteinte des objectifs, retours des participants).
- La liste des actions planifiées, classées en formations obligatoires et non obligatoires.
- Pour chaque action : intitulé, objectif pédagogique, modalité, durée, date prévue, nom de l’organisme de formation et coût estimé.
- Le nom et la fonction des salariés concernés.
- Les modes de financement envisagés (budget propre, OPCO, CPF de transition, abondements).
Un tableau Excel bien structuré peut suffire pour les petites structures. Les entreprises de taille intermédiaire ou les grands groupes ont intérêt à utiliser un logiciel SIRH intégrant un module formation, qui facilitera le suivi en temps réel et la production de reportings pour la direction et les représentants du personnel.
Étape 4 : consulter les représentants du personnel
La consultation des représentants du personnel est une obligation légale pour les entreprises de 50 salariés et plus. Le Comité Social et Économique (CSE) doit être consulté chaque année sur les orientations stratégiques de la formation et sur le contenu du plan. Cette consultation se déroule généralement en deux temps : une première réunion sur les orientations générales, une seconde sur le plan concret.
Au-delà de l’obligation légale, cette étape est une opportunité. Les représentants du personnel remontent des besoins terrain que les RH n’ont pas toujours perçus. Leur implication favorise également l’adhésion des salariés au plan, ce qui est un facteur clé de réussite dans la mise en œuvre des formations.
Pour les entreprises de moins de 50 salariés, la consultation formelle n’est pas obligatoire, mais une communication transparente avec les équipes reste fortement conseillée. Elle renforce la confiance et la motivation des collaborateurs à s’investir dans les parcours proposés.
Étape 5 : financer le plan de développement des compétences
Le financement du plan de développement des compétences repose principalement sur les contributions versées par l’entreprise à son OPCO (Opérateur de Compétences). Le taux de contribution varie selon la taille de l’entreprise et la branche professionnelle. Les entreprises de moins de 50 salariés peuvent bénéficier de prises en charge particulièrement avantageuses.
Plusieurs leviers de financement complémentaires existent :
- Les fonds propres de l’entreprise : pour les actions non prises en charge par l’OPCO ou les formations premium.
- Le CPF abondé par l’employeur : l’entreprise peut abonder le CPF d’un salarié pour cofinancer une formation qui l’intéresse mais qui dépasse ses droits.
- Les aides de France Travail (anciennement Pôle Emploi) ou de la Région : pertinentes pour certains publics ou certains secteurs.
- Le FNE-Formation : dispositif d’accompagnement des entreprises en situation de transformation économique, permettant la prise en charge de formations stratégiques.
Mettre en œuvre et suivre le plan
Un plan bien conçu peut échouer faute d’un suivi rigoureux. La mise en œuvre du PDC nécessite une coordination entre les équipes RH, les managers et les organismes de formation. Un calendrier précis doit être établi dès le début de l’année, avec des points d’étape trimestriels pour ajuster si nécessaire.
Les indicateurs de suivi à mettre en place incluent : le taux de réalisation des formations planifiées, le taux de satisfaction des participants, le nombre d’heures de formation par salarié, et l’impact mesuré sur la performance (si des indicateurs ont été définis en amont). Ces données alimenteront le bilan du PDC, présenté aux représentants du personnel l’année suivante.
Un écueil fréquent est de considérer le plan comme un document figé. Or, les besoins de l’entreprise évoluent en cours d’année : un projet imprévu, une réglementation nouvelle, un départ stratégique. Le plan doit pouvoir être mis à jour, avec les justifications nécessaires, pour rester un outil vivant et pertinent.
Le rôle du manager dans la réussite du PDC
Le manager de proximité est un acteur incontournable du développement des compétences. C’est lui qui observe les écarts de compétences au quotidien, formule les besoins de son équipe et accompagne le transfert des apprentissages après la formation. Sa participation active à la phase d’identification des besoins est donc essentielle.
Après une formation, le manager doit créer les conditions du transfert : confier au salarié des missions permettant d’exercer les nouvelles compétences, donner du feedback régulier et valoriser les progrès. Sans cet ancrage opérationnel, même une excellente formation produit peu d’effets durables. Former les managers à ce rôle d’accompagnement est d’ailleurs en soi un investissement rentable.
PDC et GEPP : quelle articulation ?
Le plan de développement des compétences et la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEPP) sont deux outils complémentaires qui ne doivent pas être confondus. La GEPP adopte une vision à moyen et long terme : elle anticipe les évolutions des métiers, identifie les compétences critiques de demain et planifie les transitions professionnelles nécessaires.
Le PDC, lui, est un outil opérationnel annuel qui concrétise les orientations définies dans la GEPP. En d’autres termes, la GEPP répond à la question « quelles compétences faudra-t-il avoir dans 3 à 5 ans ? » tandis que le PDC répond à « quelles formations organisons-nous cette année pour avancer dans cette direction ? »
Les entreprises de 300 salariés et plus ont l’obligation de négocier un accord GEPP tous les 3 ans. Pour les structures plus petites, adopter cette logique prospective, même de façon informelle, améliore significativement la pertinence du PDC.
Erreurs fréquentes à éviter dans la construction du plan
Plusieurs pièges guettent les équipes RH lors de l’élaboration du plan :
- Construire le plan sans consulter les managers : les besoins remontés uniquement par les RH manquent souvent de précision opérationnelle.
- Privilégier les formations faciles à organiser plutôt que les plus utiles : recourir systématiquement aux mêmes prestataires ou aux mêmes formats par habitude.
- Oublier d’évaluer l’impact : une formation sans indicateur de résultat est impossible à défendre lors du bilan annuel.
- Négliger les formations obligatoires : un salarié non habilité représente un risque juridique et opérationnel concret.
- Sous-estimer les coûts indirects : au coût pédagogique s’ajoutent les coûts de remplacement, de transport, d’hébergement et le coût salarial pendant la formation.
Questions fréquentes
Le plan de développement des compétences est-il obligatoire pour toutes les entreprises ?
Aucun texte n’impose formellement la rédaction d’un PDC formalisé pour les entreprises de moins de 50 salariés. En revanche, l’obligation d’adapter les salariés à leur poste et de maintenir leur employabilité s’impose à tous les employeurs, quelle que soit la taille de la structure. Le PDC est le meilleur moyen de prouver que cette obligation est respectée.
Quelle est la différence entre le plan de développement des compétences et le CPF ?
Le PDC est à l’initiative de l’employeur : il décide des formations, les finance et les organise. Le CPF (Compte Personnel de Formation) est à l’initiative du salarié, qui mobilise ses droits pour financer une formation de son choix. Les deux dispositifs peuvent se compléter, notamment via un abondement de l’employeur sur le CPF.
Peut-on refuser une formation prévue dans le PDC ?
Pour les formations obligatoires, le salarié ne peut pas s’y opposer sans motif légitime : elles conditionnent l’exercice de son activité. Pour les formations non obligatoires, un refus répété sans justification peut être considéré comme une faute. En pratique, une bonne communication en amont limite largement les situations de blocage.
Comment financer le PDC dans une PME sans service RH dédié ?
L’OPCO de branche est le premier interlocuteur à contacter. Il propose un accompagnement dans la construction du plan, l’identification des formations éligibles et la gestion administrative des prises en charge. Des conseillers emploi-formation de certaines régions peuvent également apporter un soutien gratuit aux petites structures.
