Le référentiel Qualiopi, officiellement désigné sous l’appellation Référentiel National Qualité (RNQ), constitue le socle sur lequel repose la certification Qualiopi. Élaboré par le ministère du Travail à la suite de la loi Avenir professionnel de 2018, il définit les exigences que tout organisme doit satisfaire pour accéder aux financements publics et mutualisés. Depuis le 1er janvier 2022, cette certification est obligatoire pour tous les organismes prestataires d’actions concourant au développement des compétences (OPAC). Comprendre ce référentiel en détail, c’est la première étape concrète pour préparer un audit sereinement.
Qu’est-ce que le Référentiel National Qualité (RNQ) ?

Le référentiel national qualité est un cadre réglementaire unique, commun à l’ensemble des prestataires de formation en France. Il remplace les multiples référentiels qualité qui coexistaient avant 2019 (Datadock, référentiels régionaux, etc.) et instaure un langage commun entre l’OPAC audité, l’auditeur et l’organisme certificateur accrédité.
Le RNQ ne se limite pas aux seuls organismes de formation continue. Il s’applique à quatre types de structures : les organismes de formation continue (OF), les centres de bilan de compétences (CBC), les centres de validation des acquis de l’expérience (VAE) et les centres de formation par apprentissage (CFA). Chacune de ces catégories est concernée par un sous-ensemble spécifique d’indicateurs, ce qui implique une lecture attentive du référentiel selon sa propre situation.
Un point essentiel à retenir : Qualiopi désigne la certification, tandis que le RNQ désigne le contenu, c’est-à-dire les critères et indicateurs à respecter. Les deux termes sont souvent confondus, mais la distinction est fondamentale pour comprendre les enjeux de l’audit.
Pourquoi ce référentiel est-il obligatoire ?
L’obligation de certification découle directement de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Son objectif principal est d’élever et d’uniformiser la qualité des formations financées par des fonds publics ou mutualisés : CPF, OPCO, Pôle emploi (désormais France Travail), fonds régionaux ou encore fonds de l’État.
En pratique, sans la certification qualité Qualiopi, un organisme ne peut ni facturer des formations sur le CPF, ni percevoir de financements OPCO, ni répondre à des marchés publics de formation. L’enjeu économique est donc considérable : la certification conditionne directement la viabilité commerciale de nombreux prestataires.
Pour les bénéficiaires, financeurs et employeurs, le référentiel offre une garantie lisible : un organisme certifié a démontré, lors d’un audit indépendant, qu’il respecte des processus qualité vérifiables. C’est ce qui différencie la démarche qualité Qualiopi d’un simple label marketing.
Structure du référentiel : 7 critères et 32 indicateurs

Le référentiel Qualiopi s’organise autour de 7 critères qualité, eux-mêmes déclinés en 32 indicateurs précis. Ces indicateurs constituent les points de contrôle effectivement vérifiés par l’auditeur. Voici une présentation synthétique des 7 critères :
- Critère 1 : Information du public, transparence sur l’offre, les tarifs, les résultats et les modalités d’accès (indicateurs 1 à 3)
- Critère 2 : Objectifs et adaptation des prestations, analyse des besoins, définition des objectifs, contenus et positionnement à l’entrée (indicateurs 4 à 8)
- Critère 3 : Accueil, suivi et évaluation des bénéficiaires, conditions de déroulement, adaptation en cours de formation, atteinte des objectifs, engagement des apprenants (indicateurs 9 à 16)
- Critère 4 : Adéquation des moyens, moyens humains, techniques, ressources pédagogiques et coordination (indicateurs 17 à 20)
- Critère 5 : Qualification du personnel, compétences des intervenants et gestion de la montée en compétences (indicateurs 21 et 22)
- Critère 6 : Investissement dans l’environnement professionnel, veille légale, veille métiers, veille pédagogique, prise en compte du handicap, sous-traitance, FEST et insertion professionnelle (indicateurs 23 à 29)
- Critère 7 : Appréciations et amélioration continue, recueil des avis, traitement des réclamations, amélioration continue (indicateurs 30 à 32)
Le nombre d’indicateurs à valider varie selon le type d’action : les CFA sont soumis à la totalité des 32 indicateurs, les OF de formation continue à 23, les formations certifiantes à 26, les structures VAE à 24 et les centres de bilan de compétences à 22. Cette différenciation est clarifiée dans la version 9 du guide de lecture officiel, mise à jour en janvier 2024.
Le guide de lecture officiel : un document indispensable
Le guide de lecture du référentiel national qualité est un document de référence d’environ 40 pages, publié et mis à jour par le ministère du Travail. Il accompagne le RNQ en précisant, pour chaque indicateur, trois éléments essentiels : le niveau attendu du prestataire, des exemples d’éléments de preuve acceptables, et des précisions selon la catégorie d’action concernée.
Un point souvent mal compris : les exemples de preuves listés dans le guide sont indicatifs, non exhaustifs. L’auditeur n’exige pas la production de l’intégralité des documents mentionnés. Ce qui compte, c’est de démontrer que l’objectif de l’indicateur est atteint, quelle que soit la forme choisie. Un organisme peut tout à fait présenter des preuves non listées dans le guide, du moment qu’elles sont probantes.
Le guide de lecture précise également le traitement des non-conformités : elles peuvent être mineures ou majeures selon leur impact sur la qualité du service rendu. Une non-conformité majeure sur un indicateur essentiel peut bloquer l’obtention de la certification. La version 9 (V9) du guide, applicable depuis mars 2024, a introduit plusieurs ajustements notamment sur la sous-traitance et la prise en compte du handicap.
Tronc commun et indicateurs spécifiques : comment s’y retrouver ?
Le référentiel distingue deux catégories d’indicateurs. Le tronc commun regroupe les indicateurs applicables à toutes les catégories d’OPAC, quel que soit le type d’action. Les indicateurs spécifiques, en revanche, ne s’appliquent qu’à certaines catégories. Par exemple, l’indicateur 13 (coordination des apprentis), l’indicateur 14 (exercice de la citoyenneté) et l’indicateur 15 (droits et devoirs de l’apprenti) ne concernent que les CFA.
Cette architecture implique qu’un organisme mixte, proposant à la fois des formations continues et de l’apprentissage, doit se préparer sur l’ensemble des 32 indicateurs. À l’inverse, un centre de bilan de compétences pur peut concentrer sa préparation sur un périmètre plus restreint. Identifier précisément son périmètre d’audit est donc une priorité absolue avant d’entamer la démarche qualité.
Critère 1 : l’information du public, pilier de la transparence
Le critère 1 est souvent le premier audité et l’un des plus scrutés, car il conditionne la confiance du bénéficiaire avant même l’entrée en formation. Il impose une information du public claire, accessible, actualisée et diffusée sur des supports vérifiables : site web, plaquettes, documents contractuels.
L’indicateur 1 porte sur les informations générales accessibles au public (nature des formations, publics visés, tarifs, conditions d’accès, modalités de financement). L’indicateur 2 exige la publication d’indicateurs de résultats : taux de satisfaction, taux de réussite aux certifications, taux d’abandon. L’indicateur 3 concerne spécifiquement le taux d’obtention des certifications professionnelles pour les formations certifiantes. Ces données doivent être mises à jour régulièrement et accessibles sans démarche particulière de la part du public.
Critère 7 : l’amélioration continue, colonne vertébrale du système qualité
Le critère 7 est souvent perçu comme le plus exigeant sur le fond, car il demande de prouver que l’organisme ne se contente pas de respecter des procédures, mais qu’il progresse effectivement dans le temps. L’amélioration continue doit être documentée, tracée et déclinée en actions concrètes.
L’indicateur 30 porte sur le recueil des appréciations des bénéficiaires, des financeurs et des employeurs. L’indicateur 31 concerne le traitement des réclamations : chaque réclamation doit donner lieu à une réponse formalisée et à un suivi. L’indicateur 32, enfin, est celui de l’amélioration continue elle-même : l’organisme doit démontrer qu’il analyse ses résultats, identifie des axes d’amélioration et met en place des actions correctives mesurables.
En pratique, un plan d’amélioration annuel, alimenté par les résultats des enquêtes de satisfaction, les comptes-rendus d’incidents et les bilans d’audit, constitue la preuve la plus solide pour répondre à ce critère.
Les non-conformités : comprendre leur impact sur la certification
Lors de l’audit, l’auditeur peut constater des écarts entre les pratiques observées et les exigences du référentiel. Ces écarts sont qualifiés de non-conformités, classées en deux niveaux : mineure et majeure. Une non-conformité mineure indique un manquement partiel ou ponctuel qui n’affecte pas fondamentalement la qualité du service. Une non-conformité majeure traduit une absence de processus, une pratique systématiquement défaillante ou un risque significatif pour le bénéficiaire.
Un organisme peut obtenir sa certification même s’il présente des non-conformités mineures, à condition de s’engager sur un plan d’actions correctives dans le délai imparti par le certificateur. En revanche, une ou plusieurs non-conformités majeures entraînent le refus de certification ou la suspension si elles sont constatées lors d’un audit de surveillance. Anticiper les points de fragilité grâce à un audit blanc interne est donc une pratique fortement recommandée.
Les trois types d’audit Qualiopi
La certification Qualiopi s’inscrit dans un cycle d’audits successifs, chacun avec ses propres exigences. L’audit initial est le premier audit, celui qui conditionne l’obtention de la certification. Il porte sur l’ensemble des indicateurs applicables à la catégorie d’action de l’OPAC.
L’audit de surveillance intervient 18 mois après l’audit initial. Il vise à vérifier que l’organisme maintient ses pratiques qualité et qu’il a mis en oeuvre les actions correctives éventuellement demandées. Enfin, l’audit de renouvellement a lieu tous les 3 ans et constitue une nouvelle évaluation complète, comparable à l’audit initial. Entre ces audits, l’organisme doit maintenir en permanence un niveau de conformité, car les non-conformités constatées lors d’un audit de surveillance peuvent menacer la certification en cours.
Comment préparer concrètement son audit Qualiopi ?
La préparation à l’audit repose sur une lecture précise du référentiel et du guide de lecture V9, une cartographie des preuves existantes et une identification des lacunes à combler. Voici les étapes clés d’une préparation structurée :
- Identifier son périmètre d’audit : déterminer les indicateurs applicables selon sa catégorie d’action (OF, CFA, CBC, VAE)
- Réaliser un diagnostic interne : évaluer indicateur par indicateur le niveau de conformité actuel et les preuves disponibles
- Construire un plan d’actions : prioriser les indicateurs les plus critiques (ceux sans aucune preuve) et planifier les actions correctives
- Formaliser les processus manquants : rédiger les procédures, créer les supports de suivi, mettre en place les enquêtes de satisfaction
- Collecter et organiser les preuves : constituer un dossier documentaire structuré par indicateur, accessible rapidement lors de l’audit
- Réaliser un audit à blanc : simuler l’audit avec un regard externe pour identifier les derniers points de fragilité avant l’audit officiel
Le choix de l’organisme certificateur accrédité par le Cofrac est également déterminant. Les délais, les tarifs et les modalités d’audit (sur site ou à distance) varient selon les certificateurs. Il est conseillé de solliciter plusieurs devis et de vérifier la portée d’accréditation de l’organisme avant de s’engager.
Questions fréquentes sur le référentiel Qualiopi
Le référentiel Qualiopi s’applique-t-il aux organismes en création ?
Oui, les nouveaux entrants peuvent obtenir la certification Qualiopi dès le démarrage de leur activité. Le guide de lecture prévoit des dispositions spécifiques pour les organismes dont l’activité vient de démarrer, notamment pour les indicateurs qui requièrent des données d’activité (résultats, taux de satisfaction). L’auditeur tient compte du fait que certaines preuves ne peuvent pas encore exister et évalue la pertinence des processus mis en place.
Quelle est la différence entre le RNQ et le guide de lecture ?
Le RNQ liste les 7 critères et 32 indicateurs avec leur formulation officielle. Le guide de lecture, lui, apporte des précisions sur le niveau attendu, des exemples de preuves et des indications sur le traitement des non-conformités. Les deux documents sont complémentaires et doivent être utilisés conjointement pour préparer un audit.
La version V9 du référentiel change-t-elle beaucoup de choses ?
La version 9, applicable depuis mars 2024, a introduit des ajustements sur plusieurs indicateurs, notamment en matière de sous-traitance, de prise en compte du handicap et de formation en situation de travail (FEST). Les organismes déjà certifiés doivent mettre à jour leurs pratiques en conséquence, même si leur prochaine échéance d’audit est encore lointaine.
Un organisme peut-il être certifié pour plusieurs catégories d’action ?
Tout à fait. Un OPAC peut être certifié simultanément pour plusieurs catégories d’action (formation continue, bilan de compétences, VAE, apprentissage). Dans ce cas, l’audit porte sur l’ensemble des indicateurs couvrant toutes les catégories déclarées. La portée de la certification est précisément définie dans le certificat délivré.
